Quand les fautes répétées en disent (peut-être) long sur la rigueur perçue

Il y a quelques jours, je publiais un article expliquant que je n’avais plus écrit dans ce blog depuis 2 ans. Donc juste par esprit de contradiction, je vous en propose déjà un nouveau !

Cela faisait un moment que je me demandais si les fautes d’orthographe, de grammaire, de frappe (appelez-les comme vous voulez) jouaient un rôle pour révéler les traits de la personne qui écrit tout comme on dit à l’oral que le langage non verbal peut révéler des traits de caractère ? Des fautes, on en fait tous, moi le premier, ce qui m’oblige à relire bien souvent plusieurs fois tous les messages que je publie, qu’ils soient lus par plusieurs personnes ou même qu’une seule (j’édite souvent mes messages sur whatsapp… et suis gêné quand je m’en aperçois alors que j’ai passé le délai autorisé pour l’édition). Cela n’a certes aucune importance, la personne à qui j’écris sait normalement qui je suis et il n’y a pas de jugement de valeur mais tout de même, sans être un TOC, il y a quelque chose qui me gêne à laisser se propager des erreurs, non pas par l’image que je renverrais mais juste par respect pour la personne qui me lit ou tout simplement par respect pour la langue française.

Lorsque je passais mon permis de conduire, un ami qui se reconnaitra peut-être me disait qu’il respectait le code de la route non pas parce que c’était la loi (il était dans sa phase anarchiste) mais tout simplement car sinon il s’ennuierait au volant ! Il y a un peu de ça également de mon côté, comme pour les jeux de société, je trouve ça intéressant de jouer si les règles sont bien établies.

J’ai donc pris un peu le temps pendant les vacances de regarder s’il y avait de la littérature sur le sujet : est-ce que les fautes à l’écrit révèlent nos traits de caractère ?

Alors avant d’aller plus loin, je dois préciser quelques points importants :

1. je mets bien évidemment de côté les personnes qui font régulièrement des fautes par manque d’éducation ou pour des problèmes médicaux (dyslexie, etc.). Ce ne sont pas de leur faute et même si in fine ça répond à la question car cela permet d’en connaitre plus sur eux, ce n’est pas l’objet de la réflexion ici;

2. je parle en fait plutôt des personnes qui sont soit a) normalement en capacité de ne pas faire de faute (études, positionnement professionnel, communication « corporate » d’une entreprise, d’une collectivité territoriale, etc. dont le contenu est censé être relu par des gens payés en partie pour ça d’ailleurs), soit b) pas en capacité mais utilisent comme tout le monde des outils qui corrigent automatiquement les fautes. C’est à dire tout simplement un smartphone pour publier sur les réseaux sociaux. Je mets dans le lot celles et ceux qui utilisent la reconnaissance vocale pour écrire car cela implique normalement une validation avant d’appuyer sur le bouton envoyer. Et si on ne le fait pas, on est justement dans le cœur du sujet que je voulais aborder ici !

Ainsi, comme je le disais, une faute isolée, ça arrive à tout le monde. Personne n’écrit parfaitement, surtout dans l’urgence, sur mobile ou quand on jongle avec mille sujets. La question n’étant pas de faire la faute mais de ne pas la corriger et la laisser telle quelle. Le sujet devient par ailleurs autre chose quand les erreurs sont fréquentes, grossières et qu’on les retrouve y compris dans des communications importantes (annonces publiques, messages professionnels, documents destinés à des clients, partenaires, équipes, etc.). Dans ce cas, les fautes cessent d’être de simples accidents : elles fonctionnent je pense comme un signal.

Et ce signal est particulièrement fort quand il vient d’une personne éduquée et occupant une position où l’on attend une certaine exemplarité : dirigeant, cadre, porte-parole, élu, expert, médecin, avocat, professeur, instituteur, responsable associatif… Bref, quelqu’un dont la parole engage, structure, rassure voire implique tout une institution avec elle (mot d’un dirigeant d’entreprise par exemple). Quand cette personne publie régulièrement des textes truffés d’erreurs, la question pour le lecteur n’est plus « est-ce qu’il a fait une faute ? » mais « pourquoi personne ne corrige ça ? ».

Ce que la recherche établit : les fautes font baisser la confiance et la crédibilité

Des travaux expérimentaux (où l’on compare des versions identiques d’un même message, avec ou sans erreurs) montrent que la présence de fautes dégrade l’évaluation de l’auteur. On observe notamment des baisses de fiabilité, de « conscienciosité » (soin, sérieux, rigueur) et parfois d’intelligence perçues. Autrement dit, les lecteurs ne voient pas seulement une forme imparfaite : ils y lisent des indices sur la personne (Boland, 2016 ; Johnson et al., 2017).

D’autres études sur la confiance en ligne vont dans le même sens : fautes d’orthographe et de grammaire peuvent entraîner une pénalité de confiance accordée au contenu, même quand le sujet traité n’a pas changé (Witchel et al., 2020 ; Witchel et al., 2022).

Ainsi, comme je le disais, dans l’écrit, l’orthographe, la grammaire et la typographie deviennent une sorte de langage implicite comme le langage non verbal de l’oral. Et ce langage est interprété.

Pourquoi les lecteurs y voient un manque de rigueur (et parfois de respect)

Quand les fautes sont récurrentes, les lecteurs raisonnent souvent ainsi, même sans s’en rendre compte :

  • Pas de relecture = peu de contrôle qualité.
  • Pas de méthode / pas de processus = organisation faible, priorités mal tenues, délégation absente.
  • Peu d’attention au destinataire / manque d’empathie = « je publie car j’ai envie de faire passer un message mais tant pis si c’est pénible à lire ! ».

La Recherche ne dit pas que les fautes prouvent directement un manque de respect. C’est peut être le cas et c’est l’impression que ça me donne mais je n’ai rien trouvé de probant sur le sujet, sans trop forcer les recherches non plus, ceci dit. En revanche, elle montre que les lecteurs attribuent volontiers les erreurs à des causes internes (négligence, manque de sérieux) et que cela pèse sur la confiance (Boland, 2016 ; Johnson et al., 2017).

La rigueur n’est pas « à géométrie variable » dans l’image qu’on renvoie

On peut objecter : « Je suis rigoureux dans mon travail, je m’en fiche de ma communication« . Le problème est que, du point de vue des autres, cette séparation ne tient pas la route. La rigueur est perçue comme un trait transversal : si quelqu’un laisse passer des erreurs visibles sur un support public, beaucoup en concluent qu’il laisse aussi passer d’autres choses ailleurs.

Je n’ai pas trouvé d’études qui le démontrent (encore une fois, cela ne veut pas dire qu’elles n’existent pas) mais c’est cohérent avec la manière dont les jugements sociaux fonctionnent : on extrapole à partir d’indices concrets et la qualité d’un écrit est un indice très accessible. C’est exactement ce que mesurent les articles cités ci-dessous : la forme modifie les traits attribués à l’auteur (« conscienciosité », fiabilité, compétence) (Johnson et al., 2017).

Dit autrement : des fautes répétées ne décrivent pas seulement un texte, elles alimentent une impression durable sur la personne. Et cette impression ressemble à des traits de caractère : négligence, impulsivité, manque de soin ou indifférence au regard des autres (pour ne pas dire, prétention).

Histoire de relativiser : les fautes ne sont pas non plus un diagnostic

En effet, comme je l’ai dit en chapeau, des erreurs peuvent venir de causes parfaitement légitimes (troubles spécifiques, fatigue, surcharge, langue non maternelle, dictée vocale, etc.). Les fautes ne permettent pas, à elles seules, de « diagnostiquer » une personnalité ou une compétence globale.

Mais si l’enjeu est la communication publique, le point central est ailleurs : l’effet sur le lecteur est réel et documenté. Et quand les fautes deviennent récurrentes, elles finissent par transmettre un message implicite : manque de rigueur, manque de contrôle, manque d’attention au destinataire (Witchel et al., 2020 ; Witchel et al., 2022).

Conclusion

Une faute arrive à tout le monde (j’espère ne pas en avoir trop fait ici… il m’arrive d’en corriger sur de vieux articles !). Des fautes répétées et visibles dans des communications importantes, venant d’une personne dont la position implique un minimum d’exemplarité, deviennent un signal. Pas un verdict moral, pas une preuve scientifique mais un signal social puissant : celui d’une rigueur jugée insuffisante. Et comme la rigueur est perçue comme une qualité générale, ce signal déborde vite du texte vers l’image globale de la personne.

Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire…

Sources ayant alimenté la réflexion